La région de Kara est en proie depuis plusieurs années à une pénurie d’eau récurrente, exacerbée par une sécheresse précoce, affectant les zones urbaines et rurales en raison d’un déficit d’infrastructures et d’une demande croissante. Pour des raisons difficiles à cerner, les différents ministres s’étant succédé à la tête du département en charge de l’eau, n’ont jamais été inquiétés par le parlement. Il a fallu la nomination de Kodjo Adédzé à ce poste, pour réveiller les députés de leur long sommeil. Pourquoi le parlement a-t-il attendu la nomination d’Adédzé à ce ministère pour une telle interpellation ?
Interpellés par la représentation nationale, le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, Kodjo Adedzé, et le ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, Séna Alipui ont annoncé des mesures d’urgence comme la distribution par camions-citernes, des campagnes de sensibilisation et des projets d’investissements structurants à long terme (nouveaux forages, barrages) pour stabiliser l’approvisionnement.
Au cours de la rencontre qui se situe dans le cadre d’une question d’actualité au gouvernement, conformément aux dispositions de l’article 16 de la Constitution de la Ve République et de l’article 112 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, les deux ministres ont précisé les actions engagées pour faire face à la pénurie d’eau qui touche la région de la Kara.
Il s’agit entre autres, de l’opérationnalisation des forages déconnectés (14 nouveaux ont été déjà réalisés et seront raccordés au réseau), du déploiement des équipes techniques depuis plusieurs jours à Kara et à Mango, tandis que des camions citernes sont mobilisés pour appuyer l’approvisionnement en eau potable.
Selon le ministre Adédzé, « L’objectif est de réduire immédiatement les tensions d’approvisionnement et de préparer une gestion plus stable des ressources en eau en attendant la saison des pluies». Plusieurs projets sont également annoncés. Une nouvelle source d’eau a été identifiée à Défalé, avec des discussions en cours avec l’Agence française de développement et la Banque européenne d’investissement pour le financement. Un projet d’alimentation en eau potable pour Kara et ses environs, estimé à 13 milliards de Fcfa, est aussi en préparation avec l’appui de la BID. A noter, également la planification de la construction du barrage multi-usage de Sarakawa, dont les études de faisabilité sont avancées. L’ouvrage devrait produire jusqu’à 22 000 m³ d’eau par jour pour les ménages et les agriculteurs.
Au-delà du bien-fondé de l’événement qui, répond à une urgence sociale dont des populations sont en proie, certains compatriotes assimilent cette interpellation à des signes précurseurs d’une fin de course prochaine d’un grand serviteur du régime qu’est le ministre Adédzé.
« Pour s’en convaincre, il suffit de considérer la façon dont ce grand serviteur du régime a été chassé de la tête du parlement pour finalement être déposé au ministère de l’aménagement et de l’urbanisme. Quand on sait que le manque d’eau à Kara dont le député Esso-Wavana Ahmed Adoyi, s’est prévalu pour le trainer devant le parlement, ne date pas d’aujourd’hui mais que ces derniers n’ont jamais osé trainer ces prédécesseurs devant la représentation nationale, il faut craindre pour Adédzé. Cette humiliation, ne saurait être fortuite en politique », analyse un observateur qui redoute de la part des détracteurs hauts perchés du ministre Adédzé, des manœuvres en vue de couler politiquement ce dernier.
En effet, le ministre Adédzé n’a fait qu’hériter du dossier du manque criard d’eau dans la région de Kara. Avant lui, d’autres ministres avaient détenu ce portefeuille. Des milliards de nos francs avaient été engloutis dans des projets vantés comme la solution à ce manque d’eau. Si au lieu de chercher à savoir comment la réalisation des projets aussi coûteux n’ait pas permis de régler ce problème d’une extrême urgence, les députés choisissent de déverser leur bile plutôt sur un ministre nouvellement nommé, n’ayant apparemment rien à voir dans les ratés de ce dossier, il y a effectivement lieu de s’interroger. Mais de-là à conclure à une prochaine fin de course politique du ministre Adédzé, il n’y a qu’un pas que le journal Le Changement n’ose pas franchir.
Jacqueline Vénurnyé Nyarley-Tarsi

